Journal du quotidien. Balade à vélo. Lecture.

Thursday, Jun 25, 2026 | 5 minute read | Updated at Thursday, Jun 25, 2026

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Je reprends ce petit billet rédigé début février*, en cette période actuelle de canicule qui laisse à ce qui va suivre une saveur justifiée d’anachronisme. Je pensais publier ce texte assez rapidement, mais je me suis encore une fois fait avoir par les obligations de finition et de relecture qui demandent du temps, de la patience, un certain état d’esprit de bonne concentration littéraire, que je n’ai pas souvent et surtout pas sur commande.

Vue audoise, 13 juin 2022. Vue audoise, 13 juin 2022.

Mais bref ! Ces esquisses ne méritent pas une trop longue introduction. Venez avec moi vous balader à vélo au bord du Rhin, puis plongez avec moi dans Les Années de Annie Ernaux…

Balade à vélo

La sortie le dimanche fut comme la libération d’un poids. Enfin pouvoir redécouvrir les caresses de ce soleil trop longtemps resté caché. Soleil d’hiver, délice qui fait oublier le vent froid. Et puis contempler la beauté de ce ciel bleu, d’un bleu si clair et pourtant si intense !
Notre balade à vélo nous a fait découvrir les nouveaux immeubles de ce quartier Port-du-Rhin, entre les industries, le chemin de fer, les routes tracées de manières hasardeuses, et encore ces nombreux terrains vagues.
Les édifices neufs ont belle allure, la brique orange dessine de belles façades, charme accentué par l’éclairage solaire. Les bâtiments sont imposants, hauts, on sent tout un effort de construction d’une ambition élevée. Mais le cubisme un peu trop accentué prend le dessus sur le charme du style industriel des anciennes installations portuaires, ce qui est dommage. Un peu de l’âme de l’ancien port se retrouve perdu, ou du moins dénaturé…

Quelques quais sont déjà aménagés et laissent présager de belles promenades. Mais ce bruit ! Ce « Rauschen », comme diraient les allemands, les incessants vrombissements et aspirations saccadés des voitures sur le grand pont qui se déploie à proximité empêchent quelque peu la flânerie insouciante. Et les lourdes carcasses des trains de marchandise, qui passent en hurlant. Enfin, le tram, qui traverse le pont toutes les dix minutes, et ses élans plus fluides mais non moins irritants, et son roucoulement caractéristique.
Et puis, au loin, malgré le beau ciel et l’astre jaune et généreux aujourd’hui, les grandes cheminées des usines, la papeterie et les autres, et cette drôle d’odeur qu’il ne fait sans doute pas bon de respirer à longueur de journée et de nuit…
Ce projet de quartier résidentiel moderne, certes ambitieux, est encore trop empâté dans des friches et des voies de transports qui nécessitent de lourdes restructurations, déviations, pour arriver à une espèce de calme, ainsi qu’un vif travail sur la qualité de l’air. Mais sinon le Rhin, quel charme !
Notre arrivée à Kehl est alors un soulagement : enfin le calme escompté sur la promenade, où la file des piétons détendus se suit. Les belles maisonnettes au bord du fleuve font rêver à des vies plus simples. Les petites rues bourgeoises sont belles et tranquilles. Et s’il fallait vivre de l’autre côté de la frontière pour échapper au tumulte de la grande ville, de ses aléas urbanistiques ?

Lecture des Années de Annie Ernaux

Dans le roman Les Années, publié en 2008, on suit, dans une coulée douce, fourmillant de références, mélancolique, imbibée d’un regard politico-social, d’une auto-critique de cette incapacité de prendre conscience, de comprendre, de réagir à temps vis-à-vis de l’Histoire, des mouvements, on suit, dis-je, la vie de cette femme, anonyme dans le roman, mais on comprend, au bout de quelques pages, qu’il s’agit d’une autobiographie quelque peu désincarnée. On la suit, au fil des années, de l’après-guerre au début des années 2000. Pourtant, ce n’est pas le roman d’une carrière littéraire, et les publications romanesques ne sont pas mentionnées, si ce n’est une envie d’écrire, abstraite et impossible, qui revient souvent, dans cette impression d’être prisonnière d’un rôle social qui ne convient pas, qui empêche de lire et d’écrire, la condition féminine des années 60, 70, 80…
On est par ailleurs surpris de voir, sur la page Wikipédia de l’autrice, qu’elle avait déjà publié un premier roman en 1974, Les armoires vides, puis plusieurs autres, et que cette vie décrite dans les Années, cette frustration littéraire de la femme prisonnière, ne semble pas complètement coller à la trajectoire d’A.E. Ou bien si ?
J’ai été touché par ce roman qui résonne sans doute en chacun de nous, tant il aborde des questionnements fondamentaux de nos vies, de nos aspirations. La question du couple traditionnel. L’amour. Le sexe. Et puis l’écriture, évidemment. Et ces époques successives, que nous, qui sommes venus après, n’avons pas vécues, mais que nos grands-parents, parents connaissent et connaissaient. La pauvreté de l’après-guerre. La lente ascension sociale, au fil des générations. Les conditions de vie qui s’améliorent. La recherche d’une vie moins dictée, plus authentique…

Quelques mots pour finir

Revenons au présent, à l’insoutenable canicule, à cet immense soleil qui impitoyablement s’abat sur nos abris bétonnés pour en faire des fours. Vite, buvons de l’eau fraîche et essayons d’avancer, dans la mesure du possible. Quelques pages à lire, quelques pages à écrire.

Kaz

.* Texte rédigé autour du 4 février 2026.

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