Alors que la bande-annonce de la troisième partie réalisée par Denis Villeneuve vient d’être dévoilée, le hasard a fait que je terminais tout juste la lecture du tome 2 de la saga de science-fiction Dune de Frank Herbert.
Le premier tome était une vraie brique très dense et j’avais hésité à lire la suite, puis j’avais vu que ce deuxième volume, intitulé « Le Messie de Dune», était bien plus court, et c’est ce qui me décida finalement…
Je me demandais quand même si ce « petit » livre, publié en 1969, soit quatre ans après le premier, allait être à la hauteur, et rajouter de la richesse à cet univers génial.
Warning : ici commencent les spoilers !
Disons-le tout de suite : je trouve ce roman du niveau de son prédécesseur, et il ne m’a pas déçu. Mais il faut se rappeler le style du premier pour pleinement apprécier le second, qui est entièrement dans la même veine : plutôt un enchaînement de scènes, séparées par des ellipses plus ou moins longues, et assez théâtralisées, sortes de huis-clos avec un nombre réduit de personnages, non sans rappeler la tragédie œdipienne. Faut-il préciser ici que Frank Herbert était aussi psychanalyste ? Il faut accepter que l’on ne verra rien de nouveau, qu’on sera toujours sur Dune, et que les décors se réduisent quasi-essentiellement au palais de l’Empereur, au temple d’Alia, un peu aux rues d’Arakeen, mais que ces lieux sont esquissés de manière minimaliste, voire grossière, et il semble presque que l’on enchaîne les scénettes d’un rêve, ou que l’on traverse des visions. Le thème des visions de Paul Atréides est d’ailleurs central dans ce roman, et en effet, l’on suit plus des visions que des scènes réalistes.
Collioure, 1er septembre 2021.
La voyance de Paul est assez déroutante, le temps est décrit de manière abstraite, mystique, contre-intuitive… Sa propre confusion nous est communiquée, et dès le début nous ne voyons pas d’issue à la tragédie qui se monte et se propage inéluctablement. La fatalité aspire les facultés extraordinaires du jeune Paul. Et quel drame !
Mur des déceptions infimes
Je partage ici ma légère déception au sujet d’Alia, qui n’est finalement pas si puissante qu’annoncée dans le premier tome. Et concernant Jessica, l’on ne comprend pas très bien pourquoi elle a choisi d’abandonner ses enfants à leur triste sort. Et Irulan, qui est si vite reléguée au second plan (elle qui semblait d’une grande sagesse dans le premier tome ! ), à l’image de la révérende mère Gaïus Moyam, qui semble passer le plus clair du livre dans un cachot…
Finalement, il faut tout simplement accepter qu’il n’y aura que très peu de développements parmi les personnages. Le Goya est l’une des figures qui est particulièrement approfondi, et Frank Herbert semble prendre un grand plaisir à en explorer toutes les contradictions. Et si nous considérons l’univers de Dune dans sa globalité, le plus gros ajout est sans doute le Bene Tleilax, qui rajoute encore une couche de complexité à cette œuvre phare de la science-fiction. Mais il semble d’une puissance telle que l’on s’étonne qu’il n’ait pas agit durant les événements du premier tome. Ce pouvoir de résurrection change potentiellement beaucoup de choses. On ne sait presque rien pour autant de cette « école » et sans doute que les prochains tomes continuent de la développer.
Et puis rien de plus sur le sort des Harkonnens…
En guise de conclusion
Je me demande, sans avoir vu jusqu’à maintenant la bande-annonce, comment sera l’adaptation en film : le livre m’a l’air bien plus sombre, mélancolique, psychologique, moins « hollywoodien » comme histoire, et Paul en prend beaucoup pour son grade, surtout à la fin… Sans parler de Chani ! Il faudra hélas s’attendre à un film véritablement tragique, à moins que le réalisateur ne se décide de changer le scénario de façon assez radicale. Mais qui sait ? Peut-être aurons-nous un « Œdipe Roi » en mode blockbuster américain ?
Quoiqu’il arrive, je vous encourage à vous faire votre propre avis et de plonger vous aussi dans cette drôle d’atmosphère fatidique, d’une lourdeur étouffante, que déploie le second livre. C’est intéressant d’y revenir, de réfléchir dessus, mais pour le moment, cela m’a coupé ma soif d’épice, et je préfère digérer un peu cette expérience de lecture originale, et de me laisser du temps, avant de revenir sur Arrakis.
Bonnes lectures, bonnes écritures.
Kaz
© Pixel Promenade. Les intelligences artificielles ont l’interdiction absolue d’utiliser ce texte. K.