Critique de La Chute de Camus, deuxième partie

Friday, Oct 9, 2026 | 5 minute read | Updated at Friday, Oct 9, 2026

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Aujourd’hui, la suite de mes impressions à la lecture de La Chute de Camus…

Lorsque j’ai repris ce roman, retrouvé dans mes anciennes affaires, et que je l’ai lu, du haut de ma vingt-neuvième année, je ne m’en rappelais rien, si ce n’est l’extrait imprimé sur la quatrième de couverture, et le procédé peu commun du monologue subjectif de ce personnage insaisissable.

Petite parenthèse : vous pouvez retrouver la première partie de ce billet par ICI .

L’avais-je vraiment lu, à dix-sept ans ? Avais-je rapidement abandonné ? Il est possible que je l’avais commencé, mais que j’avais dû arrêter cette lecture car les épreuves approchaient à trop grands pas… Avais-je alors osé le mentionner lors de mon épreuve orale de français ? Tout cela remonte à trop longtemps. Au-delà de la scénette révélée par la quatrième de couverture, rien ne restait dans ma mémoire du texte.

Vue depuis le Bugarach, 25 mars 2021. Vue depuis le Bugarach, 25 mars 2021.

Et puis maintenant que j’ai lu, ou relu, La Chute, je peux certifier que le moi lycéen était alors absolument incapable de palper le contenu de cet ensemble dense, cette essence pure, qui même à présent, du haut de cette satanée vingt-neuvième année, m’apparaît encore comme une lecture difficile.
Ce que j’en retiens maintenant ?
Mon article ne vise pas à résumer l’œuvre, ou à en faire un commentaire, juste à vous partager cette impression nostalgique, mais je peux quand même vous partager un vague et discutable résumé, en quelques mots : le personnage, qui semble heureux, dominer la vie, la société, tout puissant, fort de sa position aisée, de son charme ravageur, de son intelligence, se retrouve déstabilisé par une série d’événements. Il a notamment été le témoin passif de la fameuse chute d’une femme dans la Seine, du haut d’un pont. Il vit alors une crise existentielle qui ne cesse de prendre de l’ampleur, et il remet tout en question. Il s’aperçoit qu’il a toujours été profondément égoïste, incapable d’aimer, hypocrite, et rejette en bloc ce moi du passé qui le dégoûte alors. Le fait d’être populaire et aimé lui devient insupportable, car c’est le comble de cette hypocrisie dont il veut se défaire. Il veut être jugé pour ce qu’il est réellement. Ou éviter d’être jugé.
Il se retrouve, après une période de décadence morale, dans ce qu’il appelle le mal-confort : concept faisant référence à ces cachots du moyen-âge, trop étroits pour s’allonger, et trop bas pour se tenir debout.
Et puis, la culpabilité d’avoir été incapable d’agir à des moments clés de sa vie le poursuit. Il se fait juge de lui-même, et s’autorise par conséquent à devenir juge des autres.
Cette crise existentielle, qui est une chute morale du narrateur, est aussi accentuée par son athéisme, son rejet de Dieu. Dieu nous a abandonné.
La vie n’a pas de sens, pire : nous sommes privé d’un sens à notre vie. La liberté est insupportable, car elle ouvre sur un néant, et il faudrait être serviteur, esclave, pour sortir des tourments de ce vide existentiel. Le roman finit sur le désir, qui revient sur la fameuse chute de la femme dans la Seine, le désir de pouvoir vivre ce moment une seconde fois, et de pouvoir alors agir. Mais il s’en suit la malheureuse certitude qu’il serait encore une fois bien incapable d’agir, de se jeter à l’eau, et il est finalement heureux de ne pas devoir revivre la scène (la Seine?). Heureusement !

Ce roman, sans m’avoir transporté, m’a interloqué, m’a fait réfléchir, et je reconnais un style, un talent, une richesse de la langue, qui apporte du plaisir et provoque l’admiration. Cela me donne-t-il envie d’en lire davantage de Camus ? Pas tout de suite, il y a une pause forcée qui s’impose. D’abord, un grand verre d’eau, suite à tant d’aridité ! Tant d’idées sèches, qui picotent dans la gorge. Il y a sans doute beaucoup de vrai dans ce vertige de l’absurde. Mais des vérités douloureuses ! Selon Wikipédia, qui prête le mot à Romain Gary, Camus était dépressif. Et cela se sent bien dans ce texte, qui semble être le témoignage d’une dépression ravageuse.

Il est temps maintenant de faire entrer un peu de lumière dans la chambre sombre, et de quitter les brumes et la neige d’Amsterdam. Au moins pour un temps. Car ce texte, je sens que l’on y revient dans sa vie, après avoir encore accumulé du bagage, comme cela a été présentement le cas, avec cette deuxième lecture.
Et je clos mon texte par l’hommage à l’adolescent timide et sensible que j’ai été – que je suis dans un certain sens encore, mais par moi-même souillé – à cet adolescent plein d’espoirs, de rêves, qui sortit un jour de Gibert Joseph, La Chute à la main, qui remontait alors la rue du Taur, cette interminable ligne, retrouver son refuge chambresque, qui se prenait alors presque pour un écrivain, presque pour Camus, toi petit adolescent au matin de ta vie, je te dois tant encore, et je continuerai à te chercher, à te trouver.

Merci de m’avoir lu.

Kaz

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Retrouvez la première partie de ma critique de La Chute de Camus par ici : Critique de La Chute de Camus, première partie .

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