Lire des sonnets alors que le soleil brille

Wednesday, Mar 11, 2026 | 4 minute read | Updated at Wednesday, Mar 11, 2026

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Le sonnet est l’une des formes poétiques les plus cadrées, mais aussi des plus brèves. Pourtant, il recelle une richesse dont pourrait découler des pages de dissertations… Je me suis confronté à la lecture pas facile des sonnets de José-Maria de Heredia, figure de proue du Parnasse Contemporain. Mais suis-je capable de saisir la beauté, d’aimer les sonnets de Heredia ?

A la lecture de la poésie de José-Maria de Heredia

Il y a toute une part des sonnets d’Heredia qui me reste inaccessible, et il est difficile de se rendre compte de l’engouement véridique qu’a eu le livre des Trophées lors de sa publication en 1893. Les fameuses files d’attentes devant les librairies, les ruptures de stock…
Un seul livre, qui plus est de sonnets, qui est peut-être la forme poétique la plus minimaliste après le Haïku, et hop ! Élu à l’Académie française. Victoire explosive ! Triomphe éclatant !
Des poèmes à la densité dure à saisir, et il faut creuser pour en libérer toute la beauté, pour en ressentir toute la profondeur. La fameuse lecture « le dictionnaire à la main » dont je parlais dans mon précédent billet.
Anatole France disait d’ailleurs, à propos du poète des Trophées, dans ses chroniques baptisées « La Vie Littéraire » :
« M. José-Maria de Hérédia, l’excellent poète, [déclare] hautement qu’à son sens la lecture du dictionnaire de Jean Nicot procure plus d’agrément, de plaisir et d’émotion que celle de Trois mousquetaires ! Voilà ce que c’est qu’une imagination d’artiste ! ».
Mais vaut-il mieux lire Les Trophées de Heredia que le dictionnaire ? Peut-on y trouver plus de plaisir ?

Un poète déjà bien en vogue

Bien sûr, la publication de son recueil ne fut que la consécration d’une longue carrière poétique dans les revues de poésie, où Heredia publia la plupart de ses sonnets, au fil des décennies, notamment dans le Parnasse Contemporain. Il était déjà une figure majeure de la poésie de l’époque, bien ancré dans le mouvement parnassien, et disciple protégé de son « Maître » Leconte de Lisle.

Chemin de Saint-Jacques, 23 août 2021. Chemin de Saint-Jacques, 23 août 2021.

Il faut se rendre compte que les numéros des différentes revues littéraires ne sont pas toujours aisées à retrouver par l’amateur de poésie de l’époque, et peut-être voulait-on aussi relire, à la sortie des Trophées, quelques-uns de ces morceaux qui avaient pu ravir les lecteurs au fil des années et des décennies, dans les diverses publications.
On se souvenait vaguement, mais avec plaisir, des centaures et des conquistadors de Heredia, et le littéraire passionné n’attendait que l’occasion d’avoir l’ensemble de ces cent dix-huit fleurs à quatorze vers.

Je suis tombé totalement par hasard sur une lettre du poète Mallarmé complimentant Heredia au sujet des Trophées. On peut notamment y lire : « Les Trophées ont causé une de mes grandes joies de poète. ».

De mon côté, j’ai particulièrement apprécié la première partie sur l’Antiquité grecque, particulièrement évocatrice, et avec de belles chutes, même s’il faut garder le dictionnaire à porter de main, parfois, pour tenir toute la puissance d’évocation d’une image. Les parties romaines sont aussi très belles, sur le temps qui passe, les dieux, l’oubli… Et les poèmes dédiés à la Bretagne sont aussi à lire.
Au sujet des fameux conquistadors, même si j’aime bien sûr l’icônique “Les Conquérants”, les autres poèmes m’ont moins parlé.

Je ne résiste pas à vous partager l’un de mes sonnets préférés :

« Floridum Mare

La moisson débordant le plateau diapré
Roule, ondule et déferle au vent frais qui la berce ;
Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse
Semble un bateau qui tangue et lève un noir beaupré.

Et sous mes pieds, la mer, jusqu’au couchant pourpré,
Céruléenne ou rose ou violette ou perse
Ou blanche de moutons que le reflux disperse,
Verdoie à l’infini comme un immense pré.

Aussi les goëlands qui suivent la marée,
Vers les blés mûrs que gonfle une houle dorée,
Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons;

Tandis que, de la terre, une brise emmiellée
Éparpillait au gré de leur ivresse ailée
Sur l’Océan fleuri des vols de papillons. »

(Les Trophées, José-Maria de Heredia)

Et voici la sélection des 10 mots de la semaine ; mots tirés des Trophées et dont je donne les définitions ci-dessous :

Âpre (a) : 1 désagréable par sa rudesse. 2 rude, violent. Cingler (v) : naviguer rapidement vers.
Cupide (a) : âpre au gain.
Faste (nm) : pompe, magnificence.
Glauque (a) : vert bleuâtre.
Hardi (a) : audacieux, entreprenant, intrépide.
Isthme (nm) : étroite bande de terre entre deux mers.
Limon (nm) : boue d’argile et de sable mêlée de matière organique, très fertile.
Pennon (nm) : drapeau triangulaire à longue pointe, que les chevaliers du Moyen Âge portaient au bout de leur lance.
Rade (nf) : vaste bassin naturel ayant une libre issue vers la mer.

Bonnes lectures, bonnes écritures !

Kaz

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