L’Anomalie - Que vaut le prix Goncourt de 2020 ? - Article 10

Wednesday, Feb 11, 2026 | 5 minute read | Updated at Wednesday, Feb 11, 2026

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Je ne connaissais pas Hervé Le Tellier avant l’Anomalie, ce petit roman publié en 2020 et qui a reçu le prestigieux prix Goncourt. Ce n’est même pas dans mes habitudes de lire de la littérature contemporaine, « actuelle ». Mais une amie m’a offert ce petit roman pour Noël 2022 et me l’a conseillé pour son scénario et sa fin « géniale ».

Attention, cette critique n’est que le reflet de mon avis purement subjectif.

Un livre qui se lit assez vite, offert par une amie… Je me suis laissé tenté par l’aventure !

Une petite histoire efficace

Le concept de départ est à la fois simple et génial : un avion de Air France faisant le trajet Paris – New York se trouve dans une tempête extrêmement violente, tempête qui produit une bien étrange « anomalie », dont je ne préfère rien révéler pour ne pas vous gâcher la surprise. Je dirais seulement que nous suivons la vie d’une dizaine de personnages, qui étaient présents dans l’avion durant ce fameux vol mouvementé, et de leurs attitudes face à l’anomalie.

L’idée est assez merveilleuse et on prend plaisir à voir cette anomalie se développer. Et en effet, la chute du roman, la petite touche finale, est géniale - mon amie avait raison ! Le concept de base, sur lequel toute l’œuvre repose et lui donne toute sa saveur, pourrait être résumé en une courte phrase. Encore une fois, pas de spoiler ici, mais il serait intéressant de savoir comment Hervé Le Tellier en est venue à cette petite idée géniale.

Des ingrédients best-sellerisants

Et puis au-delà du concept, il y a tout un enrobage qui donne au roman une forme de best-seller grand public : c’est un livre court, qui se lit vite (parfait pour les transports ! ), où chacun pourra s’identifier à au moins un des personnages qui sont des monsieur et madame tout-le-monde. Il est vrai tout de même que l’on devine par les profils de ces protagonistes le ciblage des lecteurs et lectrices : des hommes plutôt dans la cinquantaine, des femmes plutôt dans la trentaine, un milieu plutôt bourgeois et si possible parisien. Des hommes sensibles désespérément amoureux, des femmes plus opaques, sélectives et corporelles. En dehors de quelques avares descriptions, de traits de caractères, de détails de vie en une ou deux phrases parsemées par-ci, par-là, les personnages restent lisses, conventionnels, superficiels. Il y a aussi, hélas, dans ces quelques pointes de personnalisation, une étrange sensation de calcul, de calibrage de la part de l’auteur.

Saintes-Maries-de-la-Mer, 3 Avril 2021. Saintes-Maries-de-la-Mer, 3 Avril 2021.

Ce dernier ne se mouille pas, ne prend pas de risque, garde sa propre sensibilité bien pour lui, pour livrer sa comédie humaine d’un monde qui va trop vite. Il manque ce sondage du cœur, des réflexions, tout simplement de l’esprit, avec toutes ses contradictions et ses désirs. Elle est loin, l’époque d’un Victor Hugo qui pouvait écrire un chapitre entier intitulé « Une tempête sous un crâne ». Le résultat est un groupe de personnages qui ne marque pas, qui est là uniquement pour servir à développer l’idée de base, et toucher superficiellement un public de lecteurs le plus large possible.

Des éléments de Thriller qui fonctionnent

En dehors de cela, l’Anomalie est un thriller qui fonctionne bien. Soutenu par ce penchant science-fiction/philosophie qui amène une foule d’interrogations, le rythme est soutenu, les dialogues efficaces, on bouge beaucoup et on change souvent de personnages pour enchaîner les actions, les souvenirs, les révélations…

Dans les personnages, il y a le tueur en série qui amène son lot d’actions brutales et morbides, tout comme l’armée américaine et bien entendu le FBI, pour qu’on ait l’impression de se retrouver dans un roman policier à suspens… Et malgré les stéréotypes, cela a bien fonctionné sur moi !

Conclusion

Pas sûr que je continuerai à explorer l’œuvre d’Hervé Le Tellier. Ce roman est trop lisse, trop conventionnel, et (selon moi) trop prémédité à des fins de succès commercial, pour me donner envie d’en lire plus. Il n’y a d’ailleurs pas non plus de style particulier ni marquant. Quelques traits d’esprit sont intéressants, mais cela manque de générosité, de prise de risque, peut-être de sincérité.

Le concept de base est lui absolument génial. La fin est une pirouette certes bien trouvée, mais je reste quand même un peu déçu car je m’attendais à plus de développements, à plus de révélations. Et si, à la suite de cette fin, il y avait une deuxième partie approfondissant l’événement final ? Ce qui est présenté comme une petite touche pour fermer le roman aurait pu ouvrir sur plus de consistance, sur plus de folie. Car c’est finalement de la folie qu’il manque à l’Anomalie, où l’épuration du style, des personnages, du scénario, a aussi provoqué la disparition de la trace humaine, de l’imperfection, d’un « visage » à graver dans l’esprit du lecteur.

L’Anomalie est une lecture divertissante, loin d’être désagréable, mais qui donne surtout envie de se plonger dans de la littérature plus consistante.

Et vous, qu’avez-vous pensé de l’Anomalie ?

Kaz

Cet article a été publié originellement le 5 février 2023 sur mon ancien blog pixelpromenadefr.wordpress.com Lors de cette première publication, le texte se terminait par : “Je vous remercie d’avoir lu cet article jusqu’à la fin ! Ceci est ma deuxième critique sur le blog après celle d’Avatar : la voie de l’eau que vous pouvez lire ici. Je ne suis pas encore certain du thème de mon prochain article. Sachez tout de même qu’une autre critique littéraire est en préparation. Et sinon, ce serait quand même bien de publier autre chose que des critiques :D”

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