Humeur - De l’ombre à la lumière, construisons un chemin - Article 9

Wednesday, Feb 4, 2026 | 4 minute read | Updated at Wednesday, Feb 4, 2026

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Aujourd’hui un petit billet d’humeur mélancolique, par le temps gris qui court, mais avec, je l’ai voulu, un peu d’espoir, et en récompense finale, pour le lecteur endurant, un poème de Charles Baudelaire. Pardonnez-moi cet élan romantique mis à l’écrit le mercredi 28 janvier 2026.

L’existence, sans cesse tirée par le temps roulant dans la pente des siècles. Sombre machine au surrégime affolé et fumant, au frein brisé, la carcasse brûlante, jamais tu ne perdras de ta folle vélocité ! Je suis maintenant vieux. Quoi ? Plus jeune dans tous les cas. Vois l’homme trentenaire que tu as fait de moi ! Est-ce que la fatigue est devenue l’état de ma matière ? Je regarde par la fenêtre le ciel assombri de 17 heures, les volutes grisâtres sur un fond blanc, tout blanc… Mais un blanc sombre, un blanc ombragé, chargé. Et les toits, les fibres, l’ardoise, le béton, tout luisants des jeunes pluies, et envahis par cette vie, cette mousse, des tiédeurs malades de l’hiver. Saison des avares rayons, portes-tu le deuil de mes aspirations de jeunesse ? Je vois les plants morts dans les bacs de notre balcon, et guette le roulement lourd et grave de la machinerie motorisée, les carcasses grondantes des poids lourds, les accélérations des engins tambourinant sur le bitume glissant… Mais tout, dans ce paysage fenestrier, semble endormi et pesant, si pesant…

Ancienne chaudière au Teufelsberg, Berlin, 21 Avril 2025. Ancienne chaudière au Teufelsberg, Berlin, 21 Avril 2025.

Je tombe pourtant sur cette phrase d’auto-encouragement écrite il y a deux ans sur un document Word de travail : « Sois fier de ce que tu as déjà accompli, de ce que tu as su établir, poser, l’avenir que tu construits ! Sois fier des choix forts que tu as su faire. » Oui j’ai accompli des choses. J’ai avancé, dans la direction qui m’a semblé être la meilleure, dans ce vertigineux affolement des lourdes décisions à prendre et à imposer dans des laps de temps excessivement courts, dans une atmosphère opaque, où tout est caché, caché par qui ? Boussole cassée, cartes effacées, sentiers qui disparaissent, déjà, derrière la première butte ! Voyageur aveugle, tu traînes des pieds sur le chemin terreux dont tu ignores tout, vas te prendre toutes les flaques, et les plus profondes, et tes bottes s’alourdiront de toute cette eau et de toute cette terre, vas voyageur t’engouffrer dans la route marécageuse de l’avenir, où tout savoir est caché, où tout n’est que surprise, choc, sidération.

Oui, accomplissements, établissement, avenir, constructions, choix forts. Chacun construit son domaine, un nouveau domaine, dans la dimension emmêlée du temps et de l’espace, et souvent nous peignons sur une toile avec des peintures dont les couleurs ne nous sont pas visibles. Sans cesse, nous découvrons la toile après coup, enfantement inconnu, et sommes surpris par un résultat à la cohérence douteuse, cohérence que nous recherchons pourtant, et le titre hasardeux de l’œuvre devient la ligne de conduite ferme de nos prochains avancements. Les indissociables couleurs et tracés nous font déduire l’indéduisable.

Ô mais le feu jaillira du cœur de l’hiver, et la position insoutenable dans laquelle nous nous trouvons appelle la légèreté qui annoncera la saison verte et la saison rose. Chant chaleureux, léger, élève-toi ! La nuit noire n’a que trop duré, et tout ce sérieux des anciens jours est comme une poussière qui doit être balayée par toi ! Finissons les lamentations et prenons le pas léger du danseur, sourions et rions aux ombres, n’ayons crainte de rien de ce monde, soyons le joyeux épicurien dont nous fantasmons. La fête commence.

Je termine cette page par un poème de Baudelaire : comment ne pas s’y résoudre ? J’étais tombé sur cette belle citation du Coucher du soleil romantique :

« Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite, Pour rattraper au moins un oblique rayon. » et je voulais lire le sonnet entier, que je partage ici avec vous :

« Que le Soleil est beau quand tout frais il se lève, Comme une explosion nous lançant son bonjour ! — Bienheureux celui-là qui peut avec amour Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !

Je me souviens !… J’ai vu tout, fleur, source, sillon, Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite… — Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite, Pour attraper au moins un oblique rayon !

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ; L’irrésistible Nuit établit son empire, Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage, Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage, Des crapauds imprévus et de froids limaçons. »

(Les Fleurs du Mal, Les Epaves, I, Coucher du soleil romantique) Sonnet composé en 1862.

A bientôt pour une nouvelle publication !

Kaz

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